L’analyse appliquée du comportement (ABA) a connu une belle croissance depuis un peu plus d’une dizaine d’années en France, grâce à ses réussites dans le domaine des troubles du spectre autistique et des troubles du développement. Bien que notre pays accuse un retard important dans le développement territorial de ce traitement, de nombreux professionnels se forment et de nombreux parents s’informent, rendant ainsi les perspectives optimistes.

Malgré ce développement au bénéfice des enfants avec troubles du spectre autistiques (TSA), il existe encore certains mythes qui ont la peau dure et qu’il est nécessaire d’expliquer afin d’avoir une meilleure compréhension de l’ABA. Voici donc 10 mythes que l’on va tenter d’expliquer, à l’aide du National Autisme Network.

 

Mythe n°1 : L’ABA n’est pas une forme de thérapie, pour l’autisme, scientifiquement prouvée.

Ce mythe reste assez surprenant, car les preuves sont strictement en faveur de l’ABA. Dans les faits, il y a plus de 550 études publiées et examinées par des pairs, qui ont démontré l’efficacité de l’ABA pour l’accompagnement de personnes avec TSA. C’est en raison de cette grande validité d’étude, au sujet de ce traitement, que les institutions de santé de nombreux pays ont décidé d’en faire le traitement prioritaire pour les enfants avec autisme, comme la Haute Autorité de la Santé en 2012.

Mythe n°2 : L’ABA est un nouveau traitement pour l’autisme.

L’ABA est un champ scientifique développé dans les années 50 et a vu son succès avec l’autisme grandir dans les années 70 avec le travail du pionnier Ivar Lovaas.

Mythe n°3 : Les programmes ABA sont tous les mêmes.

L’ABA est une science qui s’intéresse au comportement de l’individu, non des individus. Contrairement à certaines sciences sociales, au lieu d’en apprendre un peu sur un grand nombre de personnes, les analystes du comportement en apprennent beaucoup sur quelques individus à la fois. Cet intérêt pour la singularité de l’individu est strictement cohérent avec les objectifs de changement de comportement. Dans la pratique de l’ABA, chaque cas est différent parce que chaque individu est différent (l’individu a son histoire, elle est différente des autres tant dans sa vie familiale, à l’école, ou même dans ses goûts, ses intérêts). Ainsi, chaque programme d’intervention est adapté à la situation particulière de l’individu, en cela, les programmes seront forcément différents d’un cas à l’autre.

Mythe n°4 : L’ABA, c’est seulement du travail au bureau.

L’apprentissage par essais discrets (DTT) est bien évidemment une des approches utilisées en ABA, mais elle n’est pas un élément déterminant. Par exemple, les apprentissages par incident ou les apprentissages en environnement naturel incluent le travail avec l’individu au gré de ses déplacements au cours de la journée. Dans ces situations, les analystes du comportement pourront fournir des guidances, des renforçateurs, faire du modelling, etc … quand la situation ou les besoins s’y prêteront. Chacune des approches a son utilité en fonction des nécessités.

Mythe n°5 : Les thérapies ABA ne bénéficient qu’aux enfants avec troubles du spectre autistique.
Vous êtes actuellement sur le site qui démontre les différentes applications de l’ABA dans notre quotidien, que ce soit avec les enfants avec handicaps, les individus en entreprise, à l’école, mais également dans le sport, la créativité, etc… Pour avoir une idée des différents domaines d’applications, je vous invite à découvrir les différents journaux scientifiques ABA : Journal of Applied Behavior Analysis, Journal of Organizational Behavior Management, et Behavior & Social Issues.

Mythe n°6 : L’accompagnement ABA créé des comportements et un langage robotisés.
La rigidité des comportements est une des caractéristiques de l’autisme. Le traitement ABA cherche à surmonter la rigidité par l’apprentissage de divers modèles et par la généralisation des comportements. Au début d’un programme, les comportements peuvent sembler très simplifiés et donc « robotisés », mais il est nécessaire de travailler encore ces comportements, et de les transférer en milieu naturel de manière fonctionnelle. Prenez le cas des bébés, hormis des mots très simples, comme papa ou maman, ils n’arrivent jamais à exprimer les mots correctement sans s’entrainer quotidiennement à la prononciation. Il en va de même pour un enfant plus âgé qui apprend à parler.

Mythe n°7 : Tout le monde peut superviser les programmes d’un traitement ABA.
Les supervisions sont réalisées par des psychologues qui ont été formés à l’Université durant 5 ans. Aujourd’hui (2015), en France, il n’existe qu’une seule université (Lille 3) qui délivre réellement une formation ABA. Toutefois, certains psychologues se forment à l’étranger ou via des organismes étrangers afin d’être compétents dans ce domaine. Idéalement, les supervisions doivent se faire par des professionnels qui ont obtenu le « Board Certified Behavior Analyst » (BCBA). Les professionnels qui ont cette certification ont eu de nombreux cours en ABA en plus d’une supervision terrain de 1 500 heures. Il en existe malheureusement très peu en France.

Mythe n°8 : Les enfants doivent être accompagnés 40 heures par semaine pour obtenir des effets positifs.
La longueur et l’intensité de tout programme ABA sont dépendants de la personne et de son « état comportemental » de base. Comme mentionné ci-dessus, l’élément clé de l’ABA est de se concentrer sur les individus, plutôt que les groupes. Il arrive donc que le nombre d’heures puisse atteindre 40 heures par semaine si cela s’avère nécessaire, tout comme d’autres n’en auront que 25. De plus, ce nombre d’heures peut varier au cours de l’accompagnement, car les progressions de l’enfant vont offrir de nouvelles perspectives d’accompagnement.

Mythe n°9 : On apprend la procédure de punition dans les institutions ABA.
La punition a été majoritairement utilisée dans les premières semaines de l’ABA, mais aujourd’hui ça n’est plus le cas. Le renforcement positif est la procédure la plus largement dominante dans le changement de comportement. La punition est utilisée dans des cas exceptionnels, par exemple pour protéger l’individu contre l’automutilation sévère. On privilégiera toujours le renforcement positif avant de pouvoir entreprendre d’autres procédures. Et même si la punition s’avère absolument nécessaire, des procédures de renforcement visant un comportement alternatif seront mises en place en même temps.

Mythe n°10 : L’ABA utilise des récompenses comme des jouets et de la nourriture pour manipuler le comportement des enfants.

Il y a une différence entre récompenses et renforçateurs. Les renforçateurs vont augmenter la fréquence d’un comportement, mais ça n’est pas forcément le cas d’une récompense. Par exemple : donner des images (récompense) à l’école primaire, si un enfant n’a pas d’intérêt pour ces images, il n’y aura pas de changement de comportements. En ce qui concerne les renforçateurs, la nourriture peut s’avérer particulièrement utile au début d’un programme ABA quand l’enfant a peu ou pas de compétences verbales. Cependant, à partir du moment où la nourriture est associée avec d’autres stimuli (pairing), comme le renforcement social, il sera possible de varier les renforçateurs. Ensuite, si les personnes trouvent cela « anormal » de donner un renforçateur pour un comportement donné, j’écrirai prochainement un article à ce sujet.

Pour en savoir plus au sujet de ces mythes, visitez le National Autism Network.